11.09.2009

Les uns comme les autres ...

Oui, il y a encore en toile de fond, l’hermétisme des uns et la pugnacité des autres. Mais après un semestre de débats stériles, le besoin de formater les consciences se fait plus pressant. On rompt avec la démagogie, on renoue avec les priorités, on parle concret et pragmatisme... La question aujourd’hui n’est plus de savoir pourquoi choisir de récuser ou de donner crédit à un gouvernement « putatif », les priorités de la coalition des ex-chefs d’État semblant pour le moment, bien complexes et les objectifs du jeune président de la HAT n’étant pas plus précis.
La question aujourd’hui, est de savoir quelles sont les priorités de chaque camp pour le mieux-être du Malgache. Puisque les uns comme les autres ont vécu à un certain moment, la meurtrissure d’un soulèvement du peuple, les uns comme les autres ont connu la mise en garde des partenaires financiers, les uns comme les autres ont maquillé leur vide programmatique, les uns comme les autres savent que les chances d’une cohabitation restent minces, voire inexistantes tant que les plaies ne sont pas tout à fait cicatrisées. Les uns comme les autres veulent en finir. Les uns, avec les autres. Les autres avec l'instabilité du pouvoir et la fragilité de leurs structures politiques.
Mais ces mouvances, qu'elles soient d’ici ou d’aillleurs, connaissent-elles les réalités quotidiennes des Malgaches ? Savent-elles par exemple ce que souhaitent les pères de famille, victimes de licenciement économique ? Savent-elles ce que voudrait un chauffeur de taxi qui attend des heures pour une course, l'unique de la journée ? Voient-elles le difficile exercice d'un agent touristique contraint d'hypothéquer son gagne-pain pour garder ses infrastructures en attendant de meilleurs lendemains ? Savent-elles le dépit des jeunes diplômés qui arrivent sur le marché du travail ?
Avec une hémorragie importante de devises, 25 000 chômeurs de plus et la menace d’une rupture définitive avec les « amis » de Madagascar, le Premier ministre Roindefo aura à se battre sur tous les fronts. Et à se battre seul pour organiser les élections présidentielles, amadouer les bailleurs de fonds pour irriguer les projets suspendus, amener toutes les synergies à regarder dans la même direction. Mais il est difficile de semer en terre aride. Car même si le gouvernement s’inspire des meilleurs modèles économiques pour façonner sa feuille de route, il reste encore un blocage de taille : le Malgache. Lequel malgré lui, n’a jamais appris à s’assumer, à prendre des risques, même calculés, à se prendre en main. Le Malgache, longtemps conditionné à la soumission, l’attente et la résignation. C’est l’une des spécificités de son atavisme. Les uns comme les autres, le savent. Et c’est là, leur seul point commun.

L'Express de Madagascar - 11 septembre 2009