24.06.2009

Par sens du devoir, par devoir de patriotisme

Aujourd'hui, plus que jamais, les pro-Ravalomanana durcissent le ton, frappent à toutes les portes, font germer dissensions et divergences, divisent les représentations diplomatiques. Tirant profit de ce flou politique, le principal parti de l'opposition (qui ne s'est jamais reconnu comme tel), cherche donc à mieux se structurer, à coup de manifestation « tache d'huile » et depuis peu, de guerre de communiqués.
Nous sommes loin des balbutiements des premiers jours de crise, période charnière, pendant laquelle les partisans de Ravalomanana se sont sentis acculés par un mouvement trop hardi, laissant transparaître pour la première fois le doute en celui dont on ne pouvait présager la chute, celui qui est devenu en six mois, un colosse aux pieds d'argile. Pris de court sur un terrain qui n'était vraisemblablement pas le sien, l'ancien président de la République s'est d'abord enfermé dans un mutisme avant de sortir de sa période de réflexion. Ses intentions semblent aujourd'hui très claires, ses « pions », avançant plus témérairement sur l'échiquier politique, menant tambour battant, une véritable campagne de communication pour tenter de reprendre le pouvoir, sans définitivement couper les ponts avec les trois autres mouvances. Peut-être au cas où les vents tourneraient mal...
Songez à ce véritable revirement de situation. C'est donc la Transition qui doit maintenant gérer tout débordement d'une opposition revigorée, mais sans recourir à la force, endossant ainsi le lourd costume de la répression passive. Puisque l'ombre de l'ancien chef d'État plane encore sans être réellement menaçante, et parce que les partisans de ce dernier ne manifestent plus la fleur au fusil, le régime actuel doit prendre garde à l'humiliation qu'elle a infligée. L'humiliation qui ronge et attise les rancœurs. L'humiliation. Le mot peut paraître fort mais il peut expliquer certains blocages pour certains affronts qu'on ne peut effacer. En politique, et seulement à Madagascar, l'humiliation, c'est d'être dépossédé de pouvoir sans passer par un suffrage universel et sans que cette prise de pouvoir n'inquiète ou ne soit clairement accusée par la communauté internationale. Ce n'est pas l'actuelle opposition qui le contredira.
À la veille de la fête de l'Indépendance, de quoi dépend la sortie de crise ? D'emblée, la SADC écarte toute intervention militaire. C'est déjà ça. Mais plusieurs interrogations demeurent. La Transition aura-t-elle le courage d'aller au bout de ses choix politiques ? Jusqu'où les partisans de Marc Ravalomanana iront-ils ? La communauté internationale va t-elle fléchir ? La situation politique se résume, désormais, à ces trois questions essentielles. Les réponses sont d'autant plus cruciales puisque l'histoire nous a appris que l'engagement d'un dialogue ne fait pas encore sa réussite. La poursuite des négociations n'en confirme pas l'adhésion de tous. L'accord commun des mouvances pour sortir de cette crise n'assure pas la stabilité politique. Mais par sens du devoir et par devoir de patriotisme, tous devront faire aboutir ces négociations. À n'importe quel prix, c'est primordial. Et avant la Fête nationale, c'est impératif...

 

Haingo Rarivoson

L'Express de Madagascar - 23 juin 2009

15.06.2009

Pris à leur propre piège !

Il a fallu dès le départ, reconnaître les possibilités et les limites de certains chapitres pour avancer dans les négociations. Le groupe de contact international l’aura appris à ses dépens. Et puis, il a fallu cette rupture, ce poing sur la table, ce départ de la mouvance Rajoelina pour relancer le débat. À dire vrai, les marchandages et tirs croisés incessants amenuisaient fortement les chances de parvenir à un accord. Pour autant, il était impensable de parler ou même de suggérer un possible échec des pourparlers à ce stade, par crainte de ne plus avoir d’autres pistes de réflexion pour une sortie de crise rapide.
Dans ces négociations, le sujet qui réprouve, qui fâche et qui divise encore, c'est la question de l'amnistie, précisément, l’annulation des peines liées aux événements politiques depuis 1997 et les détournements à grande échelle. Puisque la charte devra effacer toute menace de représailles sur les erreurs politiques du passé, il apparaît clair que la question risque d'être retournée dans tous les sens et servie à toutes les sauces avant d'aboutir à une quelconque signature. Car sur cette question, chaque mouvance a peu à gagner et tout à perdre. Certaines sont en quête d'absolution, d'autres, en mal de reconnaissance souhaitent une légitimité de leurs actes, maladroitement menés jusqu'alors, et puis d'autres encore préparent déjà le retour de leur candidat sur la scène politique, et à moindres frais !
Avec ces nouvelles orientations, le rôle du groupe de contact sera, donc, de décanter les desiderata des uns pour les greffer aux exigences des autres, ce qu’il n’a pu faire avec les intervenants réunis autour d’une même table. Cela, parce qu'aucune mouvance ne veut lâcher du lest, broutant à tous les râteliers. C'est dans ce contexte que dès cette semaine, le dialogue reprendra avec un petit lifting sur les démarches. En choisissant de consulter chacune des mouvances, le groupe de contact espère limiter l'intransigeance et les conditions imposées par ces dernières dans ce qu’elles définissent comme leur bon droit.
Ce sera un moment décisif pour les émissaires internationaux qui devront réussir leurs examens de passage et montrer patte blanche à tous ceux qui doutent de la portée de leurs actions. Mais ce sera également la grande épreuve pour les mouvances qui ne peuvent gâcher cette deuxième et dernière chance pour une sortie honorable du candidat qu'elles soutiennent. Plus que cela, c'est la dernière chance de sortie de crise avant le 26 juin, pour que ces négociations ne soient pas ce qu'elles risquent de devenir : des négociations... durables à l'issue, plus qu'incertaine, dont elles devront répondre, charte ou pas !

Haingo Rarivoson - L'Express de Madagascar 15-06-2009

08.06.2009

La Jirama attendue au tournant

Le baril du pétrole a franchi les 70 dollars. Une valse des prix ne sera donc pas à exclure dans les prochains jours. Sur une autre échelle, la réduction de 10% sur les factures de la Jirama, annoncée en grande pompe, pourrait aussi se présenter sous de funestes auspices.
Elle est singulière, certes, mais l’initiative de cette baisse de tarifs a été pesée et mûrement réfléchie, se défend le ministre de l’Énergie en réponse au scepticisme des uns et au pessimisme des autres. Cela n’empêche qu’elle soulève aujourd’hui, quelques interrogations: les évaluations économiques et financières ont-elles pris en compte les paramètres non contrôlables, comme cette hausse subite du baril de pétrole? Et à quelles proportions ?
Cette hausse du prix du pétrole intervient au moment où la Transition se sent investie d’une urgente « obligation de résultats », devant s’imposer de vastes contraintes dans un contexte difficile. Dans son engagement à réviser à la baisse les tarifs de la consommation en eau et électricité, elle devra, non seulement, transcender un manque à gagner qui dépassera, probablement, le taux initial de 6%, mais aussi veiller à ce que les besoins en énergie n’augmentent pas, au risque de gonfler le volume du fuel à importer pour les besoins en électricité.
Avec un budget de 85 milliards d’ariary pour 2009, la  Jirama devra jongler avec l’installation de nouveaux branchements, l’achat du fuel et la mise en place d’infrastructures. Ce sera là, un difficile exercice, si la consommation n’est pas maîtrisée très vite par une politique d’économie d’énergie, accompagnée d’une gestion rigoureuse du « maigre » budget à disposition.
Pour cela, il faudrait commencer à fermer le robinet sur certaines prérogatives et ainsi se heurter à des salariés déjà frileux. C’est le lourd héritage du nouveau directeur général de la  Jirama,, qui aura à redresser cette société déjà fragilisée par les différentes crises, en se défendant bien entendu, de tirer des plans sur la comète!

Haingo Rarivoson- L'Express de Madagascar 8 juin 2009

 

De son exil, que lui reste-t-il?

Pour comprendre la situation de Marc Ravalomanana, aujourd'hui en exil, il faut se rappeler des affaires dans lesquelles se trempent les hommes politiques, en général. Dans tout a priori, mais sans que cela aboutisse forcément à un procès ultramédiatisé. D'un non-paiement de frais d'hôtel au bakchich, en passant par le détournement de deniers publics ou même l'achat d'un avion en trop, il y a réellement de tout. Certaines s'oublient et puis d'autres, tenaces, sont remises sur le tapis. Et au goût du jour. Car si nos hommes politiques ont, parfois, maille à partir avec la justice pour des affaires grossièrement vénales, il faut dire que souvent, très souvent, ils se rendent coupables de manquer de discernement, coupables d'ignorer l'humilité, coupables de ne pas assumer la responsabilité des choix qu'ils font. Cela ne leur sera pas pardonné.
Dans le procès de Marc Ravalomanana, dont le mandat d'arrêt est maintenu par le garde des Sceaux Christine Razanamahasoa, il y a cette affaire d'achat d'un Force One à 112 milliards d'ariary. Voilà de quoi décontenancer le salarié au SMIC, de quoi offusquer les mouvances qui se sont liguées contre cette « mauvaise gestion » des affaires de l'État. Même la communauté internationale a permis le doute dans la décision de parler de ce sujet fâcheux ... parmi les autres! L'ancien président lui, s'appuiera sur une croissance économique positive en pleine crise mondiale pour expliquer « ce geste ». Mais c'était sans tenir compte de son impopularité. Plutôt étrange, d'ailleurs, car si le franc-parler des Monja Jaona, Francisque Ravony ou Herizo Razafimahaleo amusait ou donnait à réfléchir, celui de Ravalomanana ne plaisait pas toujours, à différents dégrés et niveaux. Et cela ne lui sera pas pardonné.
Dans son exil, Marc Ravalomanana n'aura jamais autant été ouvert. Ouvert au dialogue, ouvert à un consensus, ouvert à la tenue d'assises... Du moins, en apparence. Car derrière des messages fédérateurs, il y a toujours cet appel. Un appel désespéré au soulèvement. Par la douceur ou s'il le faut par la force. Une question de temps, selon lui. De là où il est, il se demande peut-être parfois quels remparts il lui reste aujourd'hui. Compter sur les opportunistes et espérer des retournements de veste parmi les 150 groupuscules politiques ? S'allier aux déçus de l'actuel régime ? Se résigner à attendre les élections en 2010? N'oublions pas non plus ceux qui ont toujours suivi aveuglément la voix de leur « maître ». Et puis ceux qui essaient de créer une nouvelle fronde, prêts à se faire entendre sur tous les fronts. Pour ceux-là, heureusement, la justice n'a prévu aucune peine, aucune sanction, même lorsqu'ils sont pris en flagrants... délires !

Haingo Rarivoson - L'Express de Madagascar - 5 juin 2009

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